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Après la défaite de Theresa May : L’étrange calme des marchés financiers

La livre sterling a peu bougé, les marchés ne croyant pas au « no deal », même si la sortie de l’UE pèse sur la croissance.

A en croire les différentes organisations patronales du pays, l’économie britannique est au bord du précipice après le rejet de l’accord du Brexit par la Chambre des communes, mardi 12 mars, à seulement deux semaines et demie de la date butoir. « Ça suffit. Une nouvelle approche est nécessaire. Les emplois et la vie de gens en dépendent », tonne Carolyn Fairbairn, la directrice du CBI, le principal groupe patronal britannique. « Le vote nous rapproche de façon périlleuse du saut de la falaise. Une sortie sans accord serait catastrophique », ajoute Mike Hawes, le directeur du SMMT, une organisation représentant l’industrie automobile. « Il ne reste que dix-sept jours, et le « no deal » est une vraie inquiétude », renchérit Simon Lewis, de l’AFME, un lobby de la finance européenne. Pourtant, la réaction sur les marchés financiers a été proche de l’encéphalogramme plat. La livre sterling a perdu 0,6 % dans la journée de mardi, retrouvant son niveau de la veille. Et la Bourse de Londres a ouvert, mercredi, en baisse de 0,28 %, retenant son souffle avant un nouveau vote au Parlement britannique dans la journée, qui va se prononcer pour ou contre un éventuel Brexit sans accord avec Bruxelles. Il faut dire que l’absence complète de panique s’explique de deux manières. D’abord, la défaite de Theresa May n’est pas une surprise, et les tradeurs avaient largement anticipé le résultat. Ensuite, les marchés ne croient pas au risque du « no deal ». Ils anticipent le fait que la Chambre des communes va demander un report de la date butoir du 29 mars et que l’Union européenne va l’accorder. Sauf que paradoxalement, la livre sterling a progressé de presque 5 % depuis la défaite historique de Theresa May lors du premier vote sur son accord du Brexit, le 15 janvier. Les acteurs des marchés financiers parient sur une sortie en douceur de la crise politique. Quelle que soit la solution qui s’imposera – une extension de la date butoir, un deuxième référendum, un accord avec le Parti travailliste… –, les brexiters les plus durs se retrouveraient isolés, veulent-ils croire. « Une extension de l’article 50 ouvre différentes routes vers un Brexit plus doux ou un nouveau référendum, et ça se reflète dans le prix de la livre sterling », expliquent les analystes de Nomura, une banque japonaise. Néanmoins, le calme des marchés ne signifie pas pour autant que l’incertitude qui entoure le Brexit n’a pas de coût économique. Les statistiques du PIB pour les trois mois de novembre 2018 à janvier 2019, publiées mardi 12 mars, indiquent un net ralentissement, avec une croissance de 0,2 %, et de 1,3 % sur douze mois. Beaucoup d’entreprises ont suspendu leurs investissements, faute d’y voir clair. Mardi, l’usine Nissan de Sunderland, dans le nord-est de l’Angleterre, a annoncé qu’elle allait arrêter d’y assembler l’Infiniti, son modèle de luxe. Celui-ci n’occupait que 250 des 7 000 employés du site, mais la décision s’ajoute à l’annulation, en février, de son projet d’y assembler la X-Trail. Rappelons que, l’accord sur le Brexit laborieusement négocié avec Bruxelles depuis deux ans est mort, et Theresa May, qui l’a conclu, n’est, politiquement, guère en meilleur état. L’ampleur du rejet de ce texte par les députés britanniques, le Mardi dernier, a le mérite de la clarté : 391 l’ont rejeté tandis que seuls 242 l’ont approuvé ; par ailleurs, 75 des 314 élus conservateurs ont défié leur première ministre.

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