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Rien n’est gagné

L’annonce d’Abdelaziz Bouteflika de ne pas être le candidat de sa propre succession est diversement appréciée par une majorité de citoyens. Certes hier dans certaines rues de la capitale quelques centaines de personnes ont fait part de leur joie. Ils étaient accompagnés par des automobilistes qui klaksonnaient mais à regarder de près la majorité des jeunes étaient crispés et ne disaient mot.

 Peut-on dire sérieusement que les revendications populaires du 8 mars dernier aient eu raison de l’acharnement du président sortant à vouloir superviser sa sortie par la grande porte et non en catimini. Il est évident que ce n’est pas le cas. Dans son message où il annonce qu’il ne briguerait pas un cinquième mandat il suggère qu’il restera en place jusqu’à ce que le processus proposé dans ce message aboutisse. En décryptant ce que dit le président de la République on peut comprendre ceci :

  • C’est à lui que reviendra le mérite du changement voulu par le peuple
  • Il présidera aux manœuvres jusqu’à ce qu’il a proposé soit assorti de résultats
  • Que ces résultats ne soient pas issus d’une initiative citoyenne mais d’une organisation qui sera présidée par une personnalité issue de l’ancien régime. On sait déjà laquelle. Il est question de Lakhdar Brahimi dont tout le monde sait qu’il est un ami intime du président.
  • Le Premier ministre choisi, même sans appartenance politique a fait partie du gouvernement Ouyahia et était un fervent partisan d’un cinquième mandat
  • Ce nouveau gouvernement n’est pas un exécutif de transition mais de gestion d’une politique décriée par le peuple.
  • La conférence inclusive proposée par le cher de l’Etat n’a rien d’une assemblée citoyenne car des partis comme le FLN le RND et l’opposition représentée au parlement y feront partie. Comment dès lors peut-on espérer qu’une telle participation puisse aboutir à la naissance d’une deuxième République celle consacrant la pleine souveraineté du peuple ?

En fin de compte tout ce que le peuple a demandé est détourné. Cette façon d’opérer est déjà rejetée par les initiateurs de la mobilisation populaire qui n’entendent pas s’arrêter au milieu du gué. Les messages très nombreux circulent déjà sur les réseaux sociaux et appellent à un autre vendredi de manifestation. Ce sera l’acte quatre. Tout dépendra bien sur de l’ampleur du mouvement. Tous les regards sont braqués sur ce 16 mars.

La devise du FLN et du RND « On efface tout et on recommence »

Rédaction centrale

Les deux plus grands partis de l’alliance présidentielle à savoir le FLN et son frère rival le RND font preuve d’une étrange discrétion. Certes il saluent avec une certaine ferveur la décision du président de ne pas se succéder à lui-même comme ils l’avaient ardemment souhaité et crié sur tous les toits et déclarent  aujourd’hui qu’ils adhèrent à sa démarche car au fond d’eux ils savent que le président ne les a pas abandonnés mais leur a simplement permis de se retourner et revoir une stratégie qui n’a pas été payante et c’est le moins qu’on puisse dire. En jouant ce jeu machiavélique ils espèrent ainsi se reconvertir en VIP  de cette seconde République dont fait allusion le chef de l’Etat dans son dernier message le jour même de son retour au pays. Ce « on efface tout et on recommence » c’est justement ce que la majorité des citoyens de ce pays n’en veut plus et ils n’ont cessé de le faire depuis ces trois dernières semaines. Ce changement dans la continuité attisera davantage la colère du peuple et de cette jeunesse qui crie à en perdre halène au changement sans une once de continuité. Le challenge entre le peuple des rues et les tenants du système continue donc et de plus belle. En fait l’épreuve de force, saison deux, ne fait que commencer et ne finira qu’avec la capitulation de ces deux piliers du régime  sauf qu’on connait la capacité de ces deux partis à se remettre sur pied pour à nouveau reprendre les rennes d’un pouvoir qu’ils ne veulent en aucun cas lâcher. Les prochaines semaines seront décisives. Si la rue intransigeante jusqu’au bout ne fléchit pas le système n’aura plus d’atout pour se refaire une santé.

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