Chroniques bonoise 

NOSTALGIE DU TEMPS QUI PASSE

Une année avant le déclenchement de la Révolution du premier Novembre 1954, j’étais en cours élémentaire première année au niveau de l’école de l’Élisa.Si mes souvenirs sont bons, on nous emmenait chaque 15 du mois de mai au bord de la plage, où se déroulait une grande fête dont on ignorait la signification.Il y avait pratiquement plus d’écoliers des différentes écoles que de personnes adultes qui participaient à ce jour de fête, où le son des tambours et des clarinettes charmait tout le monde.Ce n’est que plus tard que j’ai su, que cette fête était le jour du début de la saison estivale à Bône.Selon mon père, ce jour du 15 mai de chaque année, devait être célébré, même si le soleil boudait parfois, les plages étaient entièrement envahies chaque jour, par des personnes assises ou à demi allongées à même le sable.Je me souviens que les baigneuses européennes, enveloppées dans de larges costumes de bain, que recouvrait souvent encore un adjuvant vestimentaire, passaient à travers les groupes, avec un effarement pudique que le rouge de la honte au visage, complétait presque toujours.À mon âge adulte toute cette pudeur a disparu !Le nudisme, le bikinisme et le rotissage solaire ont fait disparaitre ces émois charmants, pleins de candeur et qui donnaient aux choses les plus simples et les plus ordinaires, comme un parfum de poésie et d’ingenuite.Je me souviens que les baigneuses et les baigneurs s’ebattaient sur le devant de la plage, dans un espace limité par des cordes, au-dela desquelles ne devaient pas s’aventurer ceux qui ne savaient pas suffisamment nager.Les autres, ceux qui connaissaient les hardiesses de la brasse ou les souplesses du crawl, pouvaient aller jusqu’à un radeau ancré à quelques cent mètres des cordes, et même jusqu’à la bouée lumineuse, située à plus d’un demi-mille de la plage.Cette bouée portait un feu, la nuit, pour indiquer l’extrémité de la future jetée du Rocher de Lion.Selon mes aînés, l’aller et retour de la plage à la bouée lumineuse, constituait un test d’endurance des bons nageurs.La vieille Grenouillère, la plage mondaine d’autrefois qui faisait partie de la vie bônoise, n’est plus.Tout a disparu pour permettre la construction des dépendances du port, et il ne reste plus rien de ce petit coin de sable, si joliment évocateur du temps de la douceur de vivre.

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