Chroniques bonoise 

NOS DESCENDANTS VERRONT-ILS LES RUINES DE BÔNE ?

ANNABA est l’une des rares villes du pays où l’on construit beaucoup et rapidement. À croire qu’il y a une course contre la montre pour terminer avant le voisin, avec une facilité déconcertante et des matériaux de construction à durée de limitée, pour ne pas dire éphémère.De notre temps, à chaque tremblement de terre, en n’importe quel point de la planète, les bâtiments s’écroulent comme des châteaux de cartes, s’effritent et provoquent d’énormes pertes en vies humaines.Pourtant, ces phénomènes de séisme, qui existent depuis que le monde est monde, ne semblent pas avoir eu le même effet sur les constructions anciennes.La preuve, l’on retrouve encore des vestiges en très bon état, telles les pyramides d’Égypte, les ruines romaines ou des temples grecs.Construire pour une ville, c’est comme respirer pour un individu.Les anciens disent, la ville qui ne construit pas est une ville morte qui a renoncé à son avenir, à sa pérennité.Bâtir, c’était autrefois le mot magique qui prouvait l’énergie, la volonté, la continuité et la foi dans l’avenir tous ensemble.Les uns commençaient, d’autres continuaient, d’autres enfin, finissaient.Les bâtisseurs de mosquées et de cathédrales au XII ème siècle, entreprenaient des ouvrages qui n’étaient terminés que des siècles plus tard, par les générations suivantes.Et plus en avant, les pharaons, combien de siècles mettaient-ils pour construire leurs pyramides ?C’était la chaîne dans les esprits et dans les cœurs.C’était surtout la certitude de la continuité à travers la durée.Ce n’est plus pareil aujourd’hui où tout passe et tout lasse,C’est peut-être pour celà, que les constructions modernes sont en matériaux légers.Pour être plus vite achevés sans doute, mais aussi parce qu’on met moins de cœur à l’ouvrage, à sa finition, à sa durée.Mais alors, ce n’est plus construire celà.Du moins ce n’est plus construire pour l’éternité.Nos descendants ou ceux qui auront pris leur place dans notre ville, ne retrouveront pas les ruines de ANNABA, comme nous avons eu la joie de retrouver les vestiges de l’ancienne Hippone.Dans quinze siècles que seront devenus les ciments armés, les stucs, les agglomérés, les préfabriqués, dont se servent nos bâtisseurs d’aujourd’hui pour aller plus vite ?Et pourtant, les matériaux ne manquent pas dans la région de Annaba, ni plus loin. Il y avait des carrières de marbre du cap de garde, d’où ont été tirés tous les marbres que l’on découvre dans les ruines de l’ancienne métropole de Saint Augustin.Il y a ceux de Filfila à Skikda dont les colonnes de notre Hôtel de Ville Majestueux sont de bien beaux échantillons, tant pour la finesse du grain, que pour la teinte grise et leur volume énorme.Il y a ceux de Guelma, de Ain Smara près de Constantine, et que sais-je encore !Il y a également du granit merveilleux à Oued Laneb et Herbillon ( Chrttaibi ).Tout est là, sur place, presque à pied d’œuvre.Mais hélas ! Mille fois hélas !Il n’y a plus de bâtisseurs pour l’éternité….

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